Par Dr. Mohamed Fares

La Maroc d’aujourd’hui : Image publique – Menaces et forces

Nous sommes réunis aujourd’hui dans une conjoncture particulièrement inquiétante, aussi bien qu’au niveau international que régional. Nous traversons une période historique par ses transformations morales contradictoires, car en dépit de l’essor important des conventions internationales liées aux droits de l’homme dans ses différents aspects, la violence s’est aggravée, et même elle s’est diversifiée.

Et au lieu de préserver la terre, le monde n’a pas cessé de créer de nouvelles formes de destruction.

Destruction de la nature, de l’homme, et de toutes les valeurs de civilisations.

Destruction de la vie.

Et aujourd’hui, nous avons tellement besoin d’un cœur, et d’un esprit sage et solidaire.

Nous avons tellement besoin de chacune et de chacun sur cette terre pour approfondir la réflexion sur le devenir de l’être humain sur ce petit globe, bleu, qui est aussi fragile que la vie.

Aujourd’hui, chacun de nous, a un rôle crucial à jouer.

Nous avons tellement besoin de nous rappeler que nous ne vivons pas seuls, mais avec l’autre; cet autre différent, non par sa nature humaine, mais par sa nature d’être. Etre différent, par la nature de sa culture, de son histoire, de sa langue, et aussi de la géographie, cet espace dont il vivait, dimension importante dans l’élaboration de ses idées, ses visions et de sa philosophie d’être.

Nous avons hérité cette planète de nos ancêtres et nous devons en prendre soin pour les générations futures. C’est pourquoi, nous avons tellement besoin de nous rappeler, et comme l’a bien dit Mahmoud DARWICHE : محمود درويش grand poète palestinien et Arabe: على هذه الأرض ما يستحق الحياة sur cette terre, il y a ce qui mérite la vie.

Nous on est pour la Vie;

Malheureusement, les crises récentes, l’échec du modèle libérale, sauvage, qui a déclenché le processus de déstabilisation de la paix, l’injustice sociale, le déséquilibre écologique, les menaces terroristes… beaucoup de facteurs, qui jour après jour, créent un climat d’inquiétude et de peur. Les soulèvements qu’ont connus certains pays, pour plus de liberté et de justice, ont ouverts les horizons, malheureusement, sur des choix passéistes, et les peuples assoiffés de démocratie sont submergés par la douleur et la déception; tous les efforts et les sacrifices considérables consentis pour concrétiser le rêve de liberté et de la sécurité sociale ont été en vains. Il faut des décennies pour venir à bout des retombées de cette période, et s’acquitter de la lourde facture sociale.

Mais nous pensons, qu’il y a lieu alors, de renforcer les efforts des organismes et des institutions imprégnés de valeurs de modernité, de démocratie, de l’écologie, de la justice sociale, du respect du pluralisme et de la diversité, du rejet de la haine et de la violence, cet objectif ne saurait être accessible sans la prise de conscience des responsabilités de chacun, sur la base du respect mutuel, du pluralisme et du droit des peuples dans la paix, et du respect de leurs libre choix, dans la manière avec laquelle ils vont instaurer cette même paix, si chère.

A cet effet, les concepts de contrat entre les forces politiques, écologiques et société civile des deux rives du méditerrané est crucial, pour relever le défi qui concerne le combat du terrorisme et de l’immigration clandestine. Afin de créer un climat de dignité des citoyennes et citoyens des deux rives.

Et de là, et pour mieux agir, il nous parait nécessaire de se poser quelques questions, par exemple : Où en est le Maroc dans tout cela? Ou plutôt, comment on le voit dans cette atmosphère lugubre? Est-ce qu’il pourra jouer son rôle politique vu à sa force géostratégique, ou à son enracinement historique dans la région… ou comment on va le situer? Est-ce qu’il est bien vu et bien compris dans son image d’aujourd’hui? Si non, dans quel cadre on va le voir, pour le lire clairement, et l’approcher objectivement?

Est-ce que l’image d’aujourd’hui est dépourvu de son prolongement historique, culturel et géographique dans la méditerranée et dans l’Afrique?

Cette image sur laquelle on va le juger, est ce qu’elle n’est pas le produit d’une machination quelconque?

Si l’image publique, parait-elle menaçante, c’est peut-être qu’elle est mal vue? Ou peut-être qu’on est assez loin, et désintéressé, que l’effort à fournir d’aller la voir de près parait inutile?

Et n’oublions pas, la base de profit sur laquelle est exposée?

Comment le Maroc est vu par l’autre? Ça, on le saura, peut-être demain!

Mais aujourd’hui, notre pays, le Maroc, a beau adopté depuis la fin des années 90, un processus de transition différent, avec ses insuffisances et ses dysfonctionnements, il n’est pas pour autant prémuni contre le sort de certain pays voisins.

Et pour rester fidèle au contexte du sujet, on va essayer de mettre du contraste dans l’image du nouveau Maroc.

Le Maroc, qui depuis l’avènement du gouvernement de l’alternance consensuelle, présidé par Monsieur Abderrahmane YUOSFI (socialiste), et surtout, après la phase de transition vers le nouveau Roi du Maroc Mohammed VI, a connu malgré le temps court, quatre périodes politiques marquantes, qui ont eu des répercussions sur l’échiquier politique;

Avant 1998, une période de préparation des conditions préliminaires pour la phase de transition démocratique, et la lecture du passé marocain en vue de construire un Maroc nouveau, démocratique et moderne; ce qui a créé un climat de confiance dans les partis politique de tendance gauche (en général les socialistes), et qui a permis à la droite politique (les partis de l’administration) de revoir sa position et sa relation avec l’état et la société.

1998-2006, une période de vérité et de réconciliation, concernant les violations excessives des droits humains durant les années nommées: années de plomb. Cette période a connu la création de l’Instance Equité et Réconciliation, qui a fait un travail important, couronnée par son rapport et ses recommandations. La date du 06 janvier 2006 est historique, même date où sa majesté le Roi Med 6 a donné ses directives pour mettre en œuvre les recommandations de l’IER, dont notamment les réformes constitutionnelles. Cette période qui aurait dû consolider cette confiance dans les partis politiques de tendance gauche, ces derniers, malheureusement, n’ont pas pris conscience de la nécessité de revoir le positionnement antérieur, et de se constituer avec toutes les forces à vocation démocratique et moderniste comme un pôle face au pôle réactionnaire et conservateur.

2006-2011, une période d’hésitation politique des différentes composantes de la société et de l’état d’une part, d’autre part la montée du terrorisme, mais aussi à la sous-estimation des enjeux et une aliénation à la logique politique qui régissait avant 1998, et également à la non clarification des positionnements des partis de gauche, ce qui a donné naissance au PAM, qui considérait sa mission, entre autre, en la mise en œuvre des recommandations de l’IER, et qui a bouleversé le champs politique stagnant.

Après 2011, vient la période nommée: « Printemps arabe », et qui n’a fait, pour le Maroc, qu’accélérer le processus de la transition démocratique, et forcer les partis politiques à sortir de leur hésitations, et se préparer à couper avec la logique politique d’avant 1998; malheureusement la sourde oreille régnait :

Le PAM, s’est vue comme l’ennemi n° 1 de la droite comme de la gauche.

L’USFP, s’est englouti dans ses tractations internes.

L’Istiqlal, parti conservateur de droite, qui a toujours régné depuis 1956 jusqu’à ce jour, essayait de se préparer pour continuer à être présent dans n’importe quelle situation gouvernementale.

La réforme constitutionnelle a eu l’effet positif sur l’intérêt de la population, à la chose publique et au champ politique, mais l’impact qu’a eu l’alliance pour la démocratie (G8) par la dynamique politique qu’elle a créé –en plus de sa défaite– a obligé toutes tendances confondues à reconnaitre la transparence des législatives gagnées par le PJD, et a choqué ceux qui continuaient à penser et à agir conformément à la logique et aux règles d’avant la chute du mur de Berlin et les recommandations de l’IER :

L’USFP, sans l’alliance pour la démocratie (G8), aurait viré à droite et participé au gouvernement du PJD; ce dernier privilégiait l’USFP à l’Istiqlal.

Compte tenu de ce qui a précédé et vue la conjoncture régionale et internationale actuelle, caractérisée par les répercussions sociales de la crise mondiale, les retombées négatives des politiques dominantes dans le monde sur l’environnement et l’équilibre écologiques et la montée du courant politique social fondamentaliste de pensée totalitariste dans la rive sud de la méditerranée et qui constitue un champs fertile pour nourrir toutes idées de violence et d’exclusion de l’autre différent, et la montée du courant de l’extrême droite de la rive nord; compte tenu également que les acquis de l’humanité dans la région qui se voient menacés de régressions (droit humain, tolérance, paix, démocratie, égalités de sexe…) d’où l’émergence d’un climat de tensions sociales, d’instabilité et risque de flux important, d’immigration, lutte violente entre identités et ethnies.

Compte tenu également des transformations politiques, économiques, sociale et culturelles qui ne sont qu’à leur début; d’où l’importance d’agir.

La rive sud de la méditerranée, et en particulier le Maroc, représente la zone charnière entre le continent européen et le continent africain; de ce fait son rôle dans la relation et l’interaction nord-sud (Europe- Afrique) est important voire stratégique.

Face au fléau conservateur, voire même l’émergence possible d’un courant plus radical dans la région qui aurait qu’un seul langage: la violence et la négation de l’autre, nous continuons toujours à croire que seule une certaine coalition entre les partis modernistes de tendance sociale-démocrate; les partis à conviction démocratique, et les partis de gauche et écolos des deux rives, mais aussi, dans chaque pays notamment le Maroc, pourrait y faire face.

Le débat là-dessus est important, voire même nécessaire, mais le temps presse, il faut surtout agir, et agir et agir.